Graveur : Thomas James Ferrel
Émission : 12 octobre 1999
Valeur : ¼ dollar (25 cents)
Composition : Cuivre nickelé
Poids : 5,67 g
Diamètre : 24,26 mm
Épaisseur : 1,75 mm
Tirage :
- Philadelphie : 657 880 000
- Denver : 688 744 000
- San Francisco : 3 713 359 (BE), 804 565 (Argent BE)
Le quarter du Connecticut, cinquième émission de la série des 50 State Quarters, met en scène l’un des symboles les plus emblématiques de l’histoire coloniale américaine : le Charter Oak (Chêne de la Charte).
Ce chêne blanc (Quercus alba) gigantesque, qui poussait à Hartford sur la propriété des Wyllys, est associé à un épisode clé de 1687. À cette époque, le roi Jacques II d’Angleterre tente de révoquer la charte royale accordée à la colonie en 1662 par Charles II. Cette charte octroyait au Connecticut un degré d’autonomie exceptionnel pour l’époque, avec élection de ses dirigeants et large indépendance vis-à-vis de la Couronne.
Le gouverneur Sir Edmund Andros est chargé de récupérer le document. Lors d’une réunion tendue à Hartford, les bougies s’éteignent soudainement dans la pièce. À la lumière revenue, la charte a disparu. Selon la tradition, le capitaine Joseph Wadsworth l’aurait emportée et cachée dans le creux du grand chêne. Andros n’obtint jamais l’original, et la colonie conserva son autonomie jusqu’à la Glorieuse Révolution de 1688-1689.
L’arbre, estimé âgé de plusieurs siècles (peut-être du XIIe ou XIIIe siècle), devint un symbole de résistance à l’autorité arbitraire et de défense des libertés locales. Il fut abattu par une tempête le 21 août 1856. Son bois servit ensuite à fabriquer de nombreux objets commémoratifs : chaises du Capitole de l’État (dont celles du gouverneur, du président du Sénat et du speaker de la Chambre), meubles, reliques. Le chêne blanc est depuis lors l’arbre officiel de l’État du Connecticut.
The Charter Oak, peint par Charles DeWolf Brownell, 1857. La peinture est visible au musée d’Hartford, Connecticut
Description du revers
Le revers présente un chêne majestueux, représenté sans feuilles (hiver), dont les branches complexes et entrelacées occupent presque toute la surface de la pièce. Cette représentation stylisée met l’accent sur la structure ramifiée et la force symbolique de l’arbre.
Les inscriptions sont disposées comme suit :
- En arc supérieur : CONNECTICUT et 1788 (date d’entrée dans l’Union, 9 janvier)
- Sous les branches basses à gauche : THE CHARTER OAK (le mot THE superposé verticalement aux deux autres pour des raisons d’espace)
- En bas : 1999 et E PLURIBUS UNUM (devise nationale)
Le design, sculpté par T. James Ferrell de l’US Mint, provient d’un concours organisé par le gouverneur John G. Rowland. Sur plus de 100 soumissions, 19 proposaient le Charter Oak, signe de son ancrage profond dans l’identité collective.
À noter : ce motif rappelle celui du demi-dollar commémoratif de 1935 pour le tricentenaire du Connecticut (dessiné par Henry Kreis), mais avec une différence majeure : l’arbre y est feuillu, alors que sur le quarter il est dénudé, accentuant sa silhouette hivernale et intemporelle.


Conclusion
Le quarter du Connecticut incarne une synthèse réussie entre histoire coloniale, symbolisme et contraintes numismatiques. En choisissant le Charter Oak – un élément disparu depuis 1856, comme le Old Man of the Mountain du New Hampshire plus tard – l’État opte pour un symbole intangible de liberté et de résistance, plutôt qu’un paysage ou un produit économique.
Vingt-cinq ans après son émission, la pièce reste un jalon essentiel de la série des 50 State Quarters : elle conclut la première année du programme tout en rappelant que la petite monnaie peut porter des récits profonds de souveraineté et d’identité. Pour le numismate comme pour l’historien, elle offre un témoignage métallique discret mais durable sur les origines de l’autonomie américaine.
Prochain épisode : Maryland et ses dômes emblématiques…
